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Pacte d’ambition régionale pour l’agriculture biologique 2017-2020 - Daniel Sauvaitre

(voir la vidéo)

Monsieur le Président, Chers collègues,

Vous nous proposez aujourd’hui de voter le Pacte Ambition Régionale pour l’Agriculture Biologique 2017-2020 dont vous venez de rappeler les principales dispositions.

Notre groupe partage les grandes lignes de ce pacte que nous allons approuver, je souhaite cependant mettre en perspective plusieurs choses.

Les nombreuses études publiées sur les défis de l’agriculture le disent : il est nécessaire de concilier dès maintenant et à long terme croissance de la production agricole et réduction des impacts environnementaux de l’agriculture.

Il serait cependant réducteur de penser qu’il n’existe qu’une solution déjà normée pour y parvenir.

Or trop souvent et à grand renfort de communication, le cahier des charges qui régit l’agriculture biologique en Europe est présenté comme l’unique solution. Même dans notre institution, l’agriculture biologique est présentée comme « la » priorité.

Hors du label AB, point de salut.

Pourtant comme il est précisé dans le pacte ce mode de production ne représente à ce jour que 4,2% de la SAU et 6% des producteurs. Et il est peu probable qu’il puisse à lui seul répondre aux défis de l’agriculture de demain et aux attentes des consommateurs.

Pour répondre à la forte demande de produits bio, nous avons recours à l’importation et souvent à partir de pays où les règles sont souvent bien moins contraignantes qu’ici.

Si l’agriculture biologique jouit d’une excellente image, des études démontrent que ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui l’agro écologie soutient objectivement la comparaison au regard de l’impact sur l’environnement par kilo produit comme pour la qualité sanitaire.

Nous devons défendre et valoriser la qualité de cette autre agriculture majoritaire qui optimise avec précision les intrants et les techniques.

Ce sont bien tous les agriculteurs qui doivent être performants et pouvoir vivre décemment de leur production.

Les enjeux sont nombreux pour la filière agricole : compétitivité, prévention des risques sanitaires, innovation, contraintes naturelles et les inquiétudes et les attentes de la profession sont grandes face aux crises (crise laitière, crise aviaire, crise de l’élévage).

Or, l’agriculture est un secteur économique essentiel dans notre région. La Nouvelle Aquitaine est la première région agricole de France et d’Europe. Non seulement par la taille – elle compte 4,2 millions d’hectares de surface agricole utile mais aussi pour un chiffre d’affaires de plus de 11 Md€, soit 15 % du chiffre d’affaire agricole français.

Alors chacun doit prendre sa mission à bras le corps et les transferts de compétence liés à la loi Notre engagent notre collectivité.
En effet, le renforcement des compétences des Régions en matière de développement économique et d’aménagement du territoire, conjugué au transfert de la gestion du Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) aux Régions consacre notre rôle de véritable pilote des politiques agricoles et de développement rural à l’échelon régional.
Avec le transfert du FEADER, les Régions deviennent responsables de l’écriture et de la bonne mise en œuvre de programmes opérationnels régionaux, les Programmes de Développement Ruraux (PDR) régionaux sur 2014-2020. Mais, nous le savons, le transfert de cette compétence de l’Etat aux Régions se fait dans la douleur et cela entraine des retards incommensurables dans le traitement des dossiers et le versement effectif des aides. L’Etat a transmis le logiciel de gestion, mais sans la notice !
Ainsi, efforçons-nous d’améliorer les outils de production et la rentabilité du travail agricole en continuant à soutenir la modernisation des exploitations, des bâtiments et des matériels agricoles, en facilitant les transmissions, notamment dans le cadre familial et l’installation des jeunes agriculteurs.

Soutenons les labels de qualité et les appellations régionales, les circuits courts bien sûr mais tout autant l’exportation de nos produits.

Soutenons la recherche-expérimentation et l’innovation pour limiter les impacts des risques sanitaires et climatiques.

Nous savons aujourd’hui tout ce que la génétique peut apporter à l’agriculture. Nous savons aussi tout ce que le numérique peut apporter dans la gestion de précision des intrants. Soutenons ces axes de progrès.

Nous savons ce que le projet d’élévation de 4/1000 de la matière organique dans les sols peut apporter à la lutte contre l’augmentation de l’effet de serre, soutenons 4/1000 en Nouvelle-Aquitaine !

Ces enjeux là apporteront plus à l’agriculture et à la planète que le soutien à la seule agriculture biologique.

Le bio est une « marque » adossée à un cahier des charges. Une marque, qui, comme toute les marques à des qualités et des défauts.

Le jour où la puissance médiatique s’intéressera à ses limites un rééquilibrage légitime s’opérera.

Intéressons-nous donc aussi à la qualification HVE (Haute Valeur Environnementale), emmenons le plus grand nombre possible d’agriculteurs vers le grade HVE 3.

Luttons contre l’inflation réglementaire frappant nos produits agricoles. Faisons en sorte que les sur transposition des normes européennes en agriculture ne viennent pas handicaper la compétitivité de nos agriculteurs.
Agissons pour donner les moyens aux organisations de producteurs de se concerter sur les prix pour peser face à la distribution.
Conditionnons les aides au secteur agroalimentaire et à la distribution au respect des accords interprofessionnels et à un juste prix d’achat aux producteurs.
Soutenons la diversification de l’activité agricole et la valorisation des produits secondaires de l’élevage et des cultures, en accompagnant les efforts de réduction des intrants énergétiques, alimentaires et phytosanitaires.
Tout simplement attachons-nous à faire en sorte que notre institution soit le promoteur de la structuration de toutes les filières agricoles et qu’elle soit le défenseur de son agriculture performante au même titre que l’aérospatiale et l’industrie !
Mettre en avant de notre action seulement le soutien à l’agriculture biologique c’est passer à côté de l’essentiel des enjeux.

Cessons d’opposer les modèles entre eux et soyons objectivement exigeant pour chacun d’eux.

Je vous remercie.

« seul le prononcé fait foi »